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La Légende de Verra 2

Août 14, 2021

Je m’appelle Verra.

Je suis marié et père d’un enfant que j’aime. Avant de vous partager un douloureux évènement qui m’est arrivé, j’ai tenu à vous raconter ces anecdotes de mon vécu, si cher à mon cœur. C’est tout simplement une histoire, une légende authentique que je vais vous narrer avec la sagesse des anciens d’autrefois.

« Il y eut un soir, il y eut un jour », ce fut un nouveau jour ! C’était le début d’un jour nouveau qui s’annonçait joyeux ! Le ciel, dépourvu d’un filet de nuage, laissait transparaître sa beauté d’un éclat bleuté. Pas de vent violent à l’horizon, mais un vent qui murmurait sa douceur, dans les espaces de mon petit village. La mer incroyablement belle et calme ce jour-là, était attrayante. Comme une sirène, elle m’attirait à la rejoindre dans ses profondeurs.

Le soleil qui dominait de haut la terre souriait de toute sa splendeur ! Ce jour-là fut le plus beau jour car, j’y avais mis tout mon cœur pour observer avec foi cette création qui se déroulait à mes yeux dans la force du silence et dans douceur de la beauté. Tous les éléments de la nature étaient au rendez-vous, m’appelant à prendre le large. Ce large qui nous procurait de quoi vivre, de quoi aimer, de quoi partager, je le devais à Celui qui m’a en premier, Aimer.

Sans poser aucune question, je me suis mise à préparer tous le matériel pour la pêche avec précipitation. Je m’excitais à l’idée de m’évader au large ! Tellement le temps était magnifique ! Je pris ma rame, mon sac à outil de pêche, deux mangues, une bouteille d’eau et me rendis à la plage. Ce n’était pas une plage au sable blanc ou au sable noir comme vous avez coutume de rêver ! C’était une plage garnie de galet de pierre sous toutes ses formes ! C’était ce qui faisait son charme et sa rareté ! Je ne pourrais concevoir ma plage autrement, qu’en galet de pierre multiforme ! Ma plage était la plus sublime de toutes les autres ! Je l’aimais ainsi, et non différemment.

Mes outils de pêche et ma collation rangé dans le fond de ma pirogue, je me mis à le pousser au large, lorsque j’entendis une voix : « Papa, Papa, tu n’iras pas sans moi ». Mon fils POEAOTETAI, âgé de huit ans, couru à toute allure pour me rejoindre ! Je lui renvoyais : « Non, tu ne viendras pas avec moi, aujourd’hui j’irai seul ! ». A ces mots, il se mit à pleurer de toutes ses larmes en sautillant et en se tortillant de douleur à me voir partir au large sans lui. Impossible de le calmer !

Mon cœur de père, ému de compassion, céda à ses avances. Dès l’instant où je l’avais placé dans la pirogue, un sentiment douloureux et intense surgit de ma poitrine comme si, quelqu’un m’avait poignardé. Et aussitôt comme il était apparu, ce sentiment de douleur que j’avais ressenti s’en est allé, me laissant perplexe ! Quelle sensation étrange !  Que signifiait donc cette incidence ? Je n’y avais pas accordé trop d’importance et puis, il faisait divinement beau ce jour-là !

Nous pataugeâmes la mer en ramant tout en fredonnant un air de chanson que l’on chantait souvent avec ma femme. Nous partîmes droit vers le sud. A trois kilomètre de la baie, j’arrêtais de ramer et fis signe à mon fils qu’on allait pêcher à l’endroit où j’ai stoppé. Je sortis le nylon de pêche de mon sac, l’hameçon et l’appât, et jeta le tout dans les profondeurs de la mer en attendant et en espérant qu’un poisson viendrait s’y perdre. Une heure à faire les même gestes et toujours pas de poisson ! J’entrepris de changer de lieu et nous allâmes plus loin à quatre kilomètre. Nous pêchâmes sans attraper un seul poisson. Au finale, j’optais pour aller dans une grotte qui n’était pas loin de là où nous étions. Il était déjà midi ! Et nous n’avions toujours pas rapporté un seul poisson. On ne rentrera pas à la maison les mains vide.

Je regardais avec admiration mon fils POEAOTETAI, si vulnérable, si patient et si compréhensible ! Lui, il m’observait d’un air enjoué. On aurait dit qu’il lisait dans mes pensées ! En silence, il voudrait tant que nous ramenions à la maison un énorme poisson ! Son cœur d’enfant comprenait que si nous ramenions un gros poisson, la joie de sa mère sera incomparable. Assis face à moi, mon fils était merveilleusement éclatant ! Comme je l’aimais cet enfant si beau comme la mer ! C’était son nom. POEAOTETAI voulait dire : « Beauté de l’océan »… à suivre

Motu-Takae l’ile aux oiseaux (les iles Marquises Ua-Pou).

Valentine 02/09/2015